Guide Juridique 2025 SARL • EURL

SARL & EURLLe guide complet pour entrepreneurs

De la constitution à la dissolution : tout comprendre sur la Société à Responsabilité Limitée et l'Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée.

La SARL est une forme juridique historique du droit français, créée en 1925. Elle occupe une place centrale dans le tissu économique français, particulièrement adaptée aux PME familiales, aux commerces de proximité et aux artisans. L'EURL, introduite en 1985, en constitue la version unipersonnelle, permettant à un entrepreneur seul de bénéficier de la responsabilité limitée sans avoir à s'associer.

Cadre juridique fondamental

Nature et caractéristiques essentielles

La SARL est une société commerciale par la forme, régie par les articles L223-1 à L223-43 du Code de commerce. Elle présente une nature hybride, empruntant à la fois aux sociétés de capitaux (responsabilité limitée, parts sociales) et aux sociétés de personnes (intuitu personae marqué, agrément pour les cessions).

Responsabilité limitée : Les associés ne peuvent être poursuivis sur leur patrimoine personnel pour les dettes de la société. Cette protection connaît des exceptions : faute de gestion du gérant, caution personnelle, confusion de patrimoines en cas de procédure collective.

1€
Capital minimum
(depuis 2008)
2-100
Associés
(SARL)
1
Associé unique
(EURL)
99 ans
Durée
maximum

Contrairement à la SAS qui laisse une grande liberté aux associés, la SARL obéit à un cadre légal largement impératif. Cette rigidité constitue à la fois une protection pour les associés minoritaires et une contrainte pour ceux qui souhaiteraient une gouvernance sur mesure.

Constitution de la société

La création d'une SARL nécessite la rédaction de statuts comportant des mentions obligatoires : forme juridique, dénomination sociale, objet social, siège social, durée, capital social, évaluation des apports, répartition des parts, modalités de libération, identité du gérant et règles de fonctionnement des assemblées.

Les trois types d'apports

Apports en numéraire

Sommes d'argent. Libération de 20% minimum à la constitution, le solde dans les 5 ans. Dépôt sur compte bloqué jusqu'à l'immatriculation.

Apports en nature

Biens meubles ou immeubles. Libération intégrale à la constitution. Commissaire aux apports obligatoire sauf exceptions.

Apports en industrie

Travail, savoir-faire, services. Ne concourent pas au capital mais donnent droit à des parts avec droits politiques et financiers.

Dispense de commissaire aux apports : Les associés peuvent s'en passer à l'unanimité si aucun apport en nature n'excède 30 000 € et si la valeur totale ne dépasse pas la moitié du capital. Dans ce cas, ils engagent leur responsabilité solidaire pendant 5 ans.

Formalités d'immatriculation

Rédaction et signature des statuts

Mentions obligatoires définies par la loi

Dépôt des fonds

Compte bloqué chez un dépositaire agréé

Publication légale

Avis dans un JAL du département (150-250€)

Dépôt au guichet unique INPI

Statuts, attestations, formulaire M0, pièces du gérant

Immatriculation au RCS

Attribution du numéro SIREN/SIRET

Gouvernance et direction

Le gérant

Toute SARL doit obligatoirement avoir au moins un gérant. Contrairement à la SAS où le président peut être une personne morale, le gérant de SARL doit impérativement être une personne physique jouissant de sa capacité juridique. Plusieurs gérants peuvent exercer en cogérance.

Le gérant peut être associé ou non. S'il est associé, sa participation au capital détermine son régime social, point crucial développé ci-après.

Pouvoirs du gérant : Dans ses rapports avec les tiers, le gérant dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société, dans la limite de l'objet social. Les clauses statutaires limitant ses pouvoirs sont inopposables aux tiers.

La révocation du gérant relève des associés représentant plus de la moitié des parts sociales. Aucun juste motif n'est légalement requis, mais une révocation sans motif légitime ou vexatoire peut ouvrir droit à des dommages-intérêts.

Le régime social du gérant : une distinction fondamentale

Le régime social du gérant constitue l'une des différences majeures entre la SARL et la SAS. Alors que le président de SAS relève toujours du régime des assimilés-salariés, le gérant de SARL voit son statut dépendre de sa participation au capital.

Gérant majoritaire

~45%
Cotisations sur rémunération nette
Régime TNS (indépendants)
VS

Gérant minoritaire

~80%
Cotisations sur salaire net
Régime assimilé-salarié

Gérant majoritaire : Le groupe familial (conjoint, PACS, enfants mineurs) compte dans le calcul. Un gérant détenant 30% dont le conjoint détient 25% est considéré comme majoritaire (55% au total).

Le gérant majoritaire est affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Il n'est pas couvert par l'assurance chômage et doit souscrire volontairement pour les accidents du travail.

Le gérant minoritaire ou égalitaire (≤50% des parts) relève du régime général, avec une meilleure couverture mais des cotisations plus élevées.

Les décisions collectives

Type de décision Majorité requise Quorum
Assemblée ordinaire (comptes, gérant, conventions) > 50% des parts (1ère consultation)
Majorité des votes (2ème)
Aucun légal
Assemblée extraordinaire (modification statuts) 2/3 des parts présentes ou représentées 1/4 (1ère), 1/5 (2ème)
Unanimité (nationalité, engagements, transformation SNC) 100% des associés

Dans l'EURL, l'associé unique exerce seul les pouvoirs dévolus à l'assemblée. Ses décisions sont simplement consignées dans un registre.

Les conventions réglementées

Les conventions entre la société et ses gérants ou associés doivent faire l'objet d'un rapport spécial du gérant, soumis à l'approbation des associés.

Conventions interdites : Les gérants, associés personnes physiques et leurs proches ne peuvent contracter d'emprunts auprès de la société, se faire consentir un découvert en compte courant, ni obtenir de cautionnement. Violation = nullité.

Régime fiscal

Imposition des bénéfices

Le régime fiscal de la SARL et de l'EURL diffère selon la composition de l'actionnariat et les options exercées.

Forme Régime de droit Option possible
SARL pluripersonnelle IS (25%) IR pendant 5 ans (conditions PME)
SARL de famille IS (25%) IR sans limitation de durée
EURL (associé personne physique) IR (BIC/BNC) IS (irrévocable)
EURL (associé personne morale) IS obligatoire
25%
Taux normal IS
15%
Taux réduit PME
42 500€
Plafond taux réduit

Conditions du taux réduit : capital entièrement libéré, CA < 10 M€, détention ≥ 75% par des personnes physiques.

La rémunération du gérant

La rémunération du gérant majoritaire est déductible du résultat imposable (si travail effectif et non excessive). Chez le gérant, elle est imposée dans la catégorie de l'article 62 du CGI, avec abattement de 10% pour frais professionnels.

La rémunération du gérant minoritaire suit le régime classique des traitements et salaires.

EURL à l'IR : La notion de rémunération du gérant associé unique n'a pas de sens fiscal. Les prélèvements sont des avances sur bénéfice non déductibles. L'associé est imposé sur le bénéfice total, qu'il l'ait prélevé ou non.

Les dividendes : la particularité majeure de la SARL

Les dividendes supportent le prélèvement forfaitaire unique de 30% (12,8% IR + 17,2% prélèvements sociaux). Option possible pour le barème progressif avec abattement de 40%.

Spécificité SARL : La quote-part des dividendes excédant 10% du total (capital + primes d'émission + comptes courants) perçue par le gérant majoritaire est assujettie aux cotisations sociales TNS (~45%). Cette règle réduit drastiquement l'attractivité des dividendes comme alternative à la rémunération.

Dividendes SARL

17,2%
+ ~45% au-delà de 10%
Prélèvements sociaux
+ cotisations TNS si dépassement
VS

Dividendes SAS

17,2%
Prélèvements sociaux uniquement
Quel que soit le montant

TVA

Les régimes d'imposition

Régime Seuils Déclarations
Franchise en base CA ≤ 91 900€ (ventes) ou ≤ 36 800€ (services) Aucune - Mention obligatoire sur factures
Réel simplifié Entre seuils franchise et 840 000€ (ventes) ou 254 000€ (services)
TVA < 15 000€/an
Annuelle (CA12) + acomptes semestriels
Réel normal Au-delà ou sur option Mensuelles (CA3) ou trimestrielles

Taux de TVA applicables

20%
Taux normal
10%
Taux intermédiaire
5,5%
Taux réduit
2,1%
Taux super-réduit

Obligations de facturation

Chaque facture doit mentionner : date, numéro chronologique, identités complètes, n° TVA intracommunautaire, désignation des biens/services, quantités, prix HT, taux de TVA, montants HT et TTC, date d'échéance, pénalités de retard et indemnité forfaitaire de 40€.

Facturation électronique : Obligation progressive selon un calendrier échelonné : 2024 (grandes entreprises), 2025 (ETI), 2026 (PME), 2027 (TPE). Accompagnée du e-reporting vers l'administration fiscale.

Obligations comptables et légales

Tenue de la comptabilité

La SARL doit tenir une comptabilité régulière : livre-journal (opérations quotidiennes), grand livre (écritures par compte), et documents d'inventaire. Les comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et l'annexe.

Réel normal

CA > 840 000€ (ventes) ou > 254 000€ (services). Comptabilité complète, liasse fiscale 2050.

Réel simplifié

En deçà des seuils. Comptabilité allégée, liasse fiscale 2033.

Conservation des documents

Publicité des comptes

Dépôt au greffe dans le mois suivant l'approbation (2 mois si dépôt électronique). Défaut de dépôt : amende de 1 500€ (3 000€ en récidive).

Taille Seuils Confidentialité possible
Micro-entreprise comptable Bilan ≤ 450 K€, CA ≤ 900 K€, ≤ 10 salariés Totale
Petite entreprise Bilan ≤ 7,5 M€, CA ≤ 15 M€, ≤ 50 salariés Compte de résultat uniquement

Commissaire aux comptes

Nomination obligatoire si dépassement de 2 des 3 seuils pendant 2 exercices consécutifs :

5M€
Total bilan
10M€
Chiffre d'affaires HT
50
Salariés

Également obligatoire pour les sociétés contrôlant ou contrôlées par une autre société, ou sur demande d'associés représentant au moins 1/3 du capital. Mandat de 6 exercices.

Vie sociale et événements particuliers

Cession de parts sociales

La transmission des parts de SARL obéit à un formalisme plus contraignant que la cession d'actions de SAS. Un écrit est obligatoire (acte sous seing privé ou notarié). La cession doit être signifiée à la société.

Régime d'agrément

Agrément obligatoire

Toute cession à un tiers étranger. Délai de 3 mois pour statuer (majorité ≥ 50%). Silence = acceptation.

En cas de refus d'agrément : Les associés doivent, dans un délai de 3 mois, acquérir ou faire acquérir les parts à un prix déterminé à dire d'expert. À défaut, l'agrément est réputé acquis.

Droits d'enregistrement : un désavantage notable

SARL

3%
Avec abattement de 23 000€
au prorata des parts cédées
VS

SAS

0,1%
Sans abattement

Exemple concret : Pour une cession de 200 000€ portant sur 50% des parts :
• SARL : ~5 655€ de droits
• SAS : 200€ de droits

Augmentation de capital

Peut résulter d'apports nouveaux, d'incorporation de réserves, ou de compensation avec des créances. Les associés bénéficient d'un droit préférentiel de souscription (suppression à l'unanimité uniquement). Décision à la majorité des 2/3.

Réduction de capital

Pour pertes

Apurement comptable des déficits. Pas de distribution, pas d'opposition des créanciers.

Par distribution

Remboursement aux associés. Opposition possible des créanciers dans le mois suivant le dépôt.

Transformation

La SARL peut se transformer sans création d'une nouvelle personne morale :

Dissolution et liquidation

Causes de dissolution : arrivée du terme, extinction de l'objet, décision des associés (2/3), dissolution judiciaire, capitaux propres < 50% du capital.

Capitaux propres insuffisants : Le gérant doit consulter les associés dans les 4 mois pour décider de la dissolution ou de la régularisation dans les 2 ans. À défaut, tout intéressé peut demander la dissolution en justice.

Le boni de liquidation supporte des droits de partage de 2,5% au niveau de la société, puis est imposé comme revenu distribué chez les associés (PFU 30% ou barème avec abattement 40%).

Aspects sociaux

Embauche de salariés

Formalités préalables : immatriculation URSSAF, affiliation caisses de retraite complémentaire, adhésion service de santé au travail. DPAE au plus tard 8 jours avant la prise de fonction.

Cotisations sociales

42-47%
Cotisations patronales
(du brut)
22-23%
Cotisations salariales
(du brut)

Dispositifs de réduction : réduction générale (ex-Fillon) pour salaires jusqu'à 1,6 SMIC, exonérations en ZRR ou ZFU, aides à l'apprentissage jusqu'à 6 000€.

Obligations selon l'effectif

Seuil Nouvelles obligations
1 salarié Registre du personnel, DUERP, affichages obligatoires
11 salariés Élection CSE, obligations formation accrues
20 salariés Règlement intérieur, obligation emploi 6% handicapés
50 salariés Participation obligatoire, CSE élargi, bilan social, BDESE

Participation et intéressement

Participation

Obligatoire ≥ 50 salariés. Formule légale de calcul. Blocage 5 ans (déblocages anticipés possibles). Exonération cotisations et IR si blocage respecté.

Intéressement

Facultatif. Plafonné à 20% des salaires bruts et 75% du PASS individuel. Exonéré si affecté au PEE.

Plan d'épargne entreprise : abondement jusqu'à 300% des versements (max 3 519€). Plan d'épargne retraite collectif : abondement jusqu'à 6 582€.

Comparaison SARL vs SAS

Le choix entre SARL et SAS dépend de nombreux critères propres à chaque situation.

Critère SARL SAS
Gouvernance Cadre légal strict, gérant personne physique obligatoire Liberté statutaire quasi totale, président personne morale possible
Régime social dirigeant TNS si majoritaire (~45%), assimilé-salarié si minoritaire (~80%) Toujours assimilé-salarié (~80%)
Dividendes 17,2% + cotisations TNS (~45%) au-delà de 10% pour gérant majoritaire 17,2% uniquement, quel que soit le montant
Droits de cession 3% (avec abattement 23 000€) 0,1%
Agrément cessions Obligatoire pour tiers étrangers Libre sauf clause statutaire
Nombre d'associés 2 à 100 (SARL) ou 1 (EURL) 1 à illimité

La SARL convient particulièrement aux :

• Structures familiales souhaitant contrôler l'entrée de tiers au capital
• Entrepreneurs recherchant un cadre légal sécurisant sans statuts complexes
• Dirigeants pour qui le coût social moindre (TNS) prime sur la protection sociale

La SAS est préférable pour :

• Les projets avec perspectives de levée de fonds ou d'entrée d'investisseurs
• Les dirigeants souhaitant optimiser dividendes vs rémunération
• Les structures nécessitant une gouvernance sur mesure

En résumé

La SARL et l'EURL demeurent des formes juridiques pertinentes pour de nombreux projets entrepreneuriaux. La SARL convient particulièrement aux structures familiales, aux entrepreneurs recherchant un cadre légal sécurisant, et à ceux pour qui le coût social moindre du gérant majoritaire prime sur la protection sociale.

L'EURL représente une alternative intéressante à l'entreprise individuelle pour protéger son patrimoine personnel tout en conservant la souplesse fiscale de l'IR, avec possibilité d'opter pour l'IS si la situation évolue.

Pour MonEntrepriseFacile : Ces éléments constituent une base complète pour guider les entrepreneurs dans leur compréhension de la SARL et de l'EURL. Le module de comparaison pourra s'appuyer sur les critères distinctifs pour orienter chaque porteur de projet vers la forme la plus adaptée à sa situation.