Guide Fiscal 2025 Impôts locaux

La CFECotisation Foncière des Entreprises

Tout comprendre sur cet impôt local incontournable : calcul, exonérations, échéances et optimisation pour votre entreprise.

La CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) fait partie de la Contribution Économique Territoriale (CET), qui a remplacé la taxe professionnelle en 2010. C'est un impôt local dû par toutes les entreprises et tous les travailleurs indépendants exerçant une activité professionnelle non salariée. Comprendre son fonctionnement est essentiel pour anticiper cette charge et identifier les possibilités d'exonération ou de réduction.

Définition et cadre général

Qu'est-ce que la CFE ?

La Cotisation Foncière des Entreprises est un impôt local perçu au profit des communes et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Elle est basée sur la valeur locative des biens immobiliers utilisés par l'entreprise pour les besoins de son activité professionnelle.

La CFE constitue, avec la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises), la Contribution Économique Territoriale (CET). Contrairement à la CVAE qui n'est due que par les entreprises réalisant plus de 500 000 euros de chiffre d'affaires, la CFE concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.

2010
Année de création
(remplace taxe pro)
100%
Revient aux
collectivités locales
15 déc.
Date limite
de paiement
0€
CFE due
l'année de création

La CET : CFE + CVAE

La Contribution Économique Territoriale se compose de deux éléments distincts :

CVAE - Cotisation sur la VA

Basée sur la valeur ajoutée produite par l'entreprise. Due uniquement si CA > 500 000€. Taux progressif de 0% à 0,75% selon le CA. Suppression progressive en cours.

Plafonnement de la CET : Le total CFE + CVAE ne peut excéder 1,625% de la valeur ajoutée produite par l'entreprise. Si ce plafond est dépassé, l'entreprise peut demander un dégrèvement.

Textes de référence

La CFE est régie par les articles 1447 à 1478 du Code général des impôts. Les règles d'assiette, les exonérations et les modalités de calcul y sont détaillées. Les collectivités locales disposent d'une marge de manœuvre pour fixer les taux et voter certaines exonérations facultatives.

Qui doit payer la CFE ?

Principe général

La CFE est due par toute personne physique ou morale qui exerce en France, à titre habituel, une activité professionnelle non salariée. Cette définition très large englobe :

Attention : Même sans local professionnel, vous êtes redevable de la CFE. Une cotisation minimum est due, calculée sur une base forfaitaire fixée par la commune. Le simple fait d'exercer une activité professionnelle vous rend redevable.

Cas des micro-entrepreneurs

Les micro-entrepreneurs sont soumis à la CFE dans les mêmes conditions que les autres entreprises. Contrairement à une idée reçue, le régime micro-fiscal ne dispense pas de cet impôt.

Toutefois, les micro-entrepreneurs bénéficient d'une exonération l'année de création et peuvent être exonérés les années suivantes si leur chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 euros.

Qui n'est pas redevable ?

Certaines activités ou personnes échappent à la CFE :

Lieu d'imposition

La CFE est due dans chaque commune où l'entreprise dispose de locaux ou de terrains. Si l'entreprise possède plusieurs établissements dans différentes communes, elle paie la CFE dans chaque commune concernée.

Pour les entreprises sans local fixe (domiciliées chez le dirigeant ou en société de domiciliation), la CFE est due au lieu du principal établissement, c'est-à-dire généralement à l'adresse du siège social.

Comment est calculée la CFE ?

La formule de calcul

La CFE est calculée selon une formule simple en apparence, mais qui peut se complexifier selon les situations :

CFE = Base d'imposition × Taux communal
La base d'imposition correspond à la valeur locative des biens immobiliers utilisés par l'entreprise

La base d'imposition

La base d'imposition de la CFE est constituée par la valeur locative cadastrale des biens passibles d'une taxe foncière dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle au cours de l'année N-2.

Année de référence : La CFE de l'année N est calculée sur les biens utilisés au 31 décembre de l'année N-2. Ainsi, la CFE 2025 est basée sur la situation au 31 décembre 2023.

La valeur locative cadastrale est déterminée par l'administration fiscale et figure sur l'avis de taxe foncière du propriétaire du local. Elle correspond théoriquement au loyer annuel que pourrait produire le bien s'il était loué.

Les biens pris en compte

Biens inclus dans la base

• Locaux commerciaux ou professionnels
• Bureaux et entrepôts
• Terrains utilisés pour l'activité
• Parkings professionnels
• Ateliers et usines

Biens exclus de la base

• Équipements et outillages (depuis 2010)
• Matériel informatique
• Mobilier
• Véhicules
• Stocks de marchandises

La cotisation minimum

Pour les entreprises disposant d'une très faible valeur locative ou n'ayant aucun local, une cotisation minimum s'applique. Son montant est fixé par le conseil municipal selon un barème national basé sur le chiffre d'affaires :

Chiffre d'affaires (N-2) Base minimum (fourchette)
Jusqu'à 10 000 € Entre 237 € et 565 €
De 10 001 € à 32 600 € Entre 237 € et 1 130 €
De 32 601 € à 100 000 € Entre 237 € et 2 374 €
De 100 001 € à 250 000 € Entre 237 € et 3 957 €
De 250 001 € à 500 000 € Entre 237 € et 5 652 €
Au-delà de 500 000 € Entre 237 € et 7 349 €

Chaque commune choisit librement le montant de la base minimum dans la fourchette correspondant au chiffre d'affaires de l'entreprise. Il existe donc de grandes disparités entre les communes : une même entreprise peut payer 250€ dans une ville et 700€ dans une autre.

Le taux d'imposition

Le taux de CFE est voté chaque année par la commune ou l'EPCI (communauté de communes, métropole...). Il varie généralement entre 15% et 35% de la base d'imposition, avec une moyenne nationale autour de 26%.

Ce taux s'applique à la base d'imposition (valeur locative ou base minimum) pour déterminer le montant de CFE dû.

Exemple de calcul

Cas d'un consultant sans local professionnel

Chiffre d'affaires N-2 45 000 €
Base minimum retenue par la commune 1 500 €
Taux de CFE communal 26,50%
Frais de gestion (1%) + 3,98 €
CFE due 401,48 €

Cas d'un commerçant avec local

Valeur locative cadastrale du local 8 500 €
Taux de CFE communal 28,00%
Montant brut 2 380 €
Frais de gestion (1%) + 23,80 €
CFE due 2 403,80 €

Exonérations et réductions

Exonération l'année de création

Toute entreprise nouvellement créée bénéficie d'une exonération totale de CFE au titre de sa première année d'activité. Cette exonération est automatique et ne nécessite aucune démarche particulière.

Exemple : Une entreprise créée le 15 mars 2024 ne paiera pas de CFE en 2024. Sa première CFE sera due en décembre 2025, et elle bénéficiera alors d'une base réduite de 50% (voir ci-dessous).

Réduction de 50% la première année d'imposition

L'année suivant la création (première année d'imposition effective), la base d'imposition est réduite de moitié. Cette réduction s'applique automatiquement.

Ainsi, une entreprise créée en 2024 paiera en 2025 une CFE calculée sur 50% de sa base normale.

Exonération pour faible chiffre d'affaires

Depuis 2019, les redevables dont le chiffre d'affaires n'excède pas 5 000 € au cours de l'année de référence (N-2) sont exonérés de CFE. Cette mesure vise à alléger la charge des très petites activités.

5 000€
Seuil de CA
pour exonération
100%
Exonération
année de création
50%
Réduction base
1ère année d'imposition

Exonérations permanentes

Certaines activités bénéficient d'une exonération permanente de CFE, prévue par la loi :

Activité exonérée Conditions
Artisans Travaillant seuls ou avec leur famille, apprentis ou handicapés. Travail manuel prédominant, pas d'équipement industriel.
Pêcheurs Pêche en mer et en eau douce
Exploitants agricoles Pour leur activité agricole stricto sensu
Certains artistes Peintres, sculpteurs, graveurs, dessinateurs (œuvres originales)
Enseignants Professeurs de lettres, sciences et arts d'agrément exerçant seuls
Sages-femmes et garde-malades Exercice individuel
Vendeurs à domicile Rémunération brute totale < 7 596 € sur 12 mois

Exonérations temporaires

Des exonérations temporaires peuvent être accordées sur délibération des collectivités locales :

Zones franches urbaines (ZFU)

Exonération de 5 ans, puis dégressive sur 3 à 9 ans selon la taille de l'entreprise. Conditions d'effectif et de CA.

Zones de revitalisation rurale (ZRR)

Exonération de 5 ans pour les créations ou extensions d'établissements. Délibération de la commune nécessaire.

Bassins d'emploi à redynamiser (BER)

Exonération de 5 ans pour les créations et extensions. Zones identifiées par décret.

Jeunes entreprises innovantes (JEI)

Exonération de 7 ans sur délibération. Conditions strictes de R&D et d'indépendance.

Attention : Les exonérations temporaires sur délibération ne sont pas automatiques. Renseignez-vous auprès de votre commune ou EPCI pour savoir si elles sont applicables dans votre cas, et effectuez les démarches déclaratives requises.

Dégrèvements possibles

Au-delà des exonérations, certains dégrèvements peuvent être demandés :

Échéances et modalités de paiement

Le calendrier de la CFE

La CFE suit un calendrier annuel précis qu'il est essentiel de connaître pour éviter les majorations de retard :

Novembre
Mi
Mise en ligne de l'avis de CFE sur impots.gouv.fr
Décembre
15
Date limite de paiement du solde
Juin
15
Acompte de 50% si CFE N-1 > 3 000€

L'avis d'imposition

Depuis 2015, les avis de CFE sont exclusivement dématérialisés. Vous ne recevrez aucun courrier postal. L'avis est consultable dans votre espace professionnel sur impots.gouv.fr.

Créer son espace professionnel

Sur impots.gouv.fr, rubrique "Votre espace professionnel" → adhérer aux services en ligne

Opter pour les avis CFE en ligne

Dans "Gérer mes contrats de service" → cocher la case "Recevoir les avis CFE"

Consulter l'avis en novembre

Rubrique "Accès aux avis CFE" → télécharger et vérifier le montant

Payer avant le 15 décembre

Prélèvement automatique, prélèvement à l'échéance ou paiement en ligne

Important : Si vous n'avez pas créé votre espace professionnel, vous ne serez pas informé de la mise en ligne de votre avis. Cela ne vous dispense pas de payer : les majorations de retard s'appliqueront quand même. Créez votre espace dès la création de votre entreprise !

L'acompte de juin

Si votre CFE de l'année précédente était supérieure à 3 000 €, vous devez verser un acompte égal à 50% de ce montant au 15 juin. Cet acompte sera déduit du solde de décembre.

L'acompte n'est pas dû si :

Modalités de paiement

Plusieurs modes de paiement sont possibles. Depuis 2019, le prélèvement automatique ou le paiement en ligne est obligatoire pour toutes les entreprises.

Prélèvement à l'échéance

Prélèvement automatique aux dates d'échéance (15 juin pour l'acompte, 15 décembre pour le solde). Adhésion possible en ligne.

Paiement direct en ligne

Paiement ponctuel sur impots.gouv.fr avant chaque échéance. Nécessite de penser à payer à temps.

Conseil : Optez pour le prélèvement mensuel si votre CFE est significative. L'étalement sur 10 mois facilite la gestion de trésorerie et vous évite le risque d'oublier la date limite.

Pénalités de retard

En cas de paiement tardif, des pénalités s'appliquent :

10%
Majoration
pour retard
0,20%
Intérêt de retard
par mois

La majoration de 10% s'applique dès le lendemain de la date limite de paiement. Les intérêts de retard courent en plus à partir du premier jour du mois suivant. Il est donc crucial de respecter les échéances.

Déclarations obligatoires

La déclaration initiale n°1447-C-SD

Lors de la création de votre entreprise, vous devez déposer une déclaration initiale de CFE (formulaire 1447-C-SD) auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE) dont dépend votre établissement principal.

Délai : La déclaration initiale doit être déposée avant le 31 décembre de l'année de création. Exemple : création le 15 mars 2024 → déclaration avant le 31 décembre 2024.

Cette déclaration permet à l'administration de déterminer :

Contenu de la déclaration initiale

Le formulaire 1447-C-SD demande notamment :

Rubrique Informations à fournir
Identification SIREN/SIRET, dénomination, adresse du siège et des établissements
Activité Nature de l'activité, code APE, date de début d'activité
Locaux Adresse, superficie, valeur locative (si connue), type de locaux
Effectifs Nombre de salariés (en équivalent temps plein)
Exonérations Demande d'exonération le cas échéant (ZFU, ZRR, artisan...)

La déclaration annuelle n°1447-M-SD

En principe, une fois la déclaration initiale effectuée, vous n'avez pas de déclaration annuelle à déposer si votre situation reste inchangée. L'administration reconduira automatiquement les bases d'imposition.

Vous devez toutefois déposer une déclaration modificative (formulaire 1447-M-SD) avant le 2ème jour ouvré suivant le 1er mai (soit début mai) en cas de :

Attention : Une absence de déclaration ne vous dispense pas de payer. L'administration établira la CFE sur la base des informations dont elle dispose. Si celles-ci sont erronées ou incomplètes, vous pourriez payer plus que nécessaire ou vous exposer à des redressements.

Déclaration en cas de cessation

En cas de cessation d'activité en cours d'année, vous devez :

Déclarer la cessation

Formulaire de cessation auprès du guichet unique INPI + déclaration 1447-M-SD au SIE

Demander un dégrèvement

Demande de dégrèvement prorata temporis sur réclamation, dans les 2 ans suivant la mise en recouvrement

Le dégrèvement est calculé au prorata du nombre de mois restant à courir après la cessation. Si vous cessez le 30 juin, vous pouvez obtenir un dégrèvement de 6/12 de votre CFE.

Conseils d'optimisation

Vérifier son avis d'imposition

L'administration n'est pas infaillible. Chaque année, vérifiez attentivement votre avis de CFE :

En cas d'erreur : Vous disposez de 2 ans à compter de la mise en recouvrement pour contester votre CFE. La réclamation se fait en ligne sur impots.gouv.fr ou par courrier au SIE.

Choisir judicieusement son implantation

La CFE variant considérablement d'une commune à l'autre (taux et base minimum différents), le choix du lieu d'implantation peut avoir un impact significatif sur votre fiscalité locale.

Avant de choisir l'adresse de votre siège social ou de votre local professionnel, comparez :

Taux de CFE

Consultable sur le site de la commune ou de l'EPCI. Peut varier de 15% à plus de 35%.

Base minimum

Fixée par délibération. Peut aller de 237€ au maximum légal selon le CA.

Exonérations locales

ZFU, ZRR, délibérations spécifiques... Renseignez-vous sur les dispositifs applicables.

Domiciliation : attention aux pièges

Même domicilié chez vous ou dans une société de domiciliation, vous êtes redevable de la CFE. Quelques points d'attention :

Anticiper la trésorerie

La CFE représente une charge fixe à anticiper. Quelques conseils :

Bonnes pratiques :

• Provisionnez chaque mois 1/12ème de votre CFE prévisionnelle
• Optez pour le prélèvement mensuel pour lisser la charge
• Intégrez la CFE dans votre budget prévisionnel dès la création
• N'oubliez pas que la première CFE sera due l'année suivant la création

Cas particulier : la pluralité d'établissements

Si vous disposez de plusieurs établissements dans différentes communes, vous serez imposé dans chaque commune. Cela peut conduire à une charge significative.

Options à envisager :

Ce qu'il faut retenir

La CFE est un impôt local incontournable pour toute activité professionnelle non salariée. Même sans local, même avec un faible chiffre d'affaires, vous y serez probablement soumis (sauf CA < 5 000€). L'exonération de la première année et la réduction de 50% la deuxième année offrent un répit bienvenu pour les créateurs d'entreprise.

Année 1
Exonération totale
Année 2
Base réduite de 50%
15 déc.
Date limite de paiement

La dématérialisation complète des avis impose de créer rapidement son espace professionnel sur impots.gouv.fr pour ne pas manquer les échéances. Le prélèvement mensuel est recommandé pour les CFE significatives afin de préserver la trésorerie.

Pour MonEntrepriseFacile : Ce guide permet d'intégrer la CFE dans l'accompagnement des entrepreneurs dès la création. Le module de simulation de charges pourra estimer la CFE probable selon la commune d'implantation et le niveau d'activité prévu, permettant aux porteurs de projet d'anticiper cette charge dès leur business plan.